Jeudi 23 août 4 23 /08 /Août 17:51

Pour Popper, le problème fondamental en philosophie des sciences est celui de la démarcation : c'est la question de la distinction entre ce qui relève de la science et de la métaphysique.

Le célèbre critère de démarcation proposé par Karl Popper en 1934, provient de son invalidation de la doctrine de l’induction, qui se caractérise par une « solution » au problème de l’induction, laquelle consiste à démontrer, qu’il n’y a tout simplement pas d’induction.

Cette doctrine était défendue, notamment, par les philosophes positivistes du Cercle de Vienne, tels Carnap, Schlick, Wittgenstein, Cercle au sein duquel Popper était admis comme étant « l’opposition officielle ». Le projet du Cercle de Vienne était d’éliminer la métaphysique, ou, plus exactement d’extirper de la Science, tous les énoncés métaphysiques, considérés comme « vides de sens ». Les positivistes considéraient que seuls les énoncés vérifiables par les « données des sens », avaient une signification utile pour la science et l’édification des lois universelles, à partir d’eux. La vérifiabilité des lois universelles, par une procédure inductive, à partir des énoncés singuliers, était le critère de démarcation positiviste qui devait permettre de trancher entre science et métaphysique, tout en éliminant complètement la métaphysique de toute entreprise scientifique.

Mais pour Karl Popper, l’induction, (dont les problèmes insurmontables auraient, selon lui, été bien mis en évidence par David Hume ; Popper considère que l’induction est « le problème de Hume ») comme méthode scientifique, n’est qu’un mythe. Il pense qu’aucune loi scientifique n’a jamais pu être édifiée par une procédure inductive, et qu’une telle croyance repose toute entière sur une version erronée de la théorie de la connaissance s’apparentant à celle du sens commun. Il soutient, de façon répétée dans toute son œuvre, qu’il n’y a pas d’induction à proprement parler, puisque toute observation est précédée par une théorie générale et sélective, et parce que toute justification d’un principe d’induction sombre irrémédiablement dans la régression à l’infini, parce que, explique Popper, « pour le justifier, nous devrions pratiquer des inférences inductives et pour justifier ces dernières nous devrions assumer un principe inductif d’un ordre supérieur et ainsi de suite. La tentative visant à fonder le principe d’induction sur l’expertise échoue donc puisque celle-ci doit conduire à une régression à l’infini ». [1].

Pour Popper, il ne sert donc à rien de collectionner des milliers ou des millions d’observations de cygnes blancs pour affirmer la vérification de la théorie universelle « tous les cygnes sont blancs ». Ce genre de théorie n’étant pas limitée dans le temps, il est toujours logiquement possible qu’elle soit réfutée par l’observation d’un cygne non blanc.

Selon  « La logique de la découverte scientifique » de Popper, une loi scientifique n'est donc pas une loi vérifiée - ni même vérifiable par l'expérience - mais une loi réfutable (ou falsifiable) dont la réfutation reste toujours logiquement possible. Il affirme que toutes les lois scientifiques universelles ont obligatoirement la forme logique d’énoncés universels au sens strict (et non d’énoncés universels au sens numérique), lesquels ne sont pas vérifiables mais par contre réfutables, et non d’énoncés singuliers portant sur la réalité, lesquels peuvent être vérifiés. Popper s'est opposé aux positions défendues par les membres du Cercle de Vienne, lesquels pensaient, au contraire, que les énoncés universels au sens strict, tels que  « tous les cygnes sont blancs », parce qu'ils ne peuvent être vérifiés par l'expérience (aucune collection de faits confirmant cet énoncé ne pouvant jamais être totalement vérifiée), sont vides de sens ou sont de pseudo-énoncés, donc des énoncés purement métaphysiques inutiles pour la science. Pour les positivistes du Cercle de Vienne, dont le projet était d'éliminer la métaphysique, (laquelle fut finalement défendue par Popper), il fallait donc leur préférer des énoncés singuliers portant sur la réalité, qui eux, étaient vérifiables.

Les propositions qui annoncent l'existence de faits, sans préciser de coordonnées spatio-temporelles, sont appelées, par Popper, des énoncés existentiels au sens strict (exemple : il y a ou il existe des créatures vivant sur Mars). Les énoncés à propos de tous, mais qui ne précisent pas de conditions initiales d'observation, sont nommés énoncés universels au sens strict [2] (Exemple : « tous les requins tigres ont des dents en forme de crête de coq »). Pour Popper,  les énoncés existentiels au sens strict, ne peuvent être falsifiés, mais sont toujours potentiellement vérifiables. (Pour cette raison, Popper les considère comme non-empiriques ou métaphysiques). En effet, Popper explique que nous de pouvons pas examiner avec minutie le monde entier afin d'établir que quelque chose n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais [3]. Les énoncés universels au sens strict, parce qu'ils ne se réfèrent pas à une région spatio-temporelle limitée, ne sont pas vérifiables, car, écrit Popper,  nous ne pouvons pas non plus examiner le monde entier pour nous assurer que rien n'existe qui soit exclu par la loi [4]. Par contre, les énoncés universels au sens strict, s'ils ne sont donc pas logiquement vérifiables, sont par contre, logiquement falsifiables par la confirmation expérimentale de falsificateurs virtuels acceptés par la communauté scientifique, comme pouvant faire l'objet de tests intersubjectifs pour tenter de corroborer une théorie ainsi mise à l'épreuve.

Popper en vient donc à émettre le principe d'asymétrie entre vérifiabilité et falsifiabilité, avec comme conséquence,  la falsifiabilité unilatérale des énoncés de la science empirique [5].

C'est donc la démarche par « conjectures et de réfutations », la seule valide, selon Popper, pour l’accroissement des connaissances scientifiques.

Le critère de falsifiabilité :

Il peut être ainsi formulé : si on entend par énoncé un simple un rapport d'observation, nous pouvons dire qu'une théorie est scientifique si elle divise sa base empirique (la classe de tous les énoncés de base possibles) en deux sous-classes, dont une est composée de falsificateurs virtuels. Il faut, pour Popper, obligatoirement que la sous-classe des falsificateurs virtuels soit non-vide [6] :

- La sous-classe des énoncés qui peuvent mettre en échec la théorie, appelés falsificateurs potentiels ou  énoncés interdits  par la théorie [7] (si ces énoncés sont confirmés à la suite d'un test élaboré grâce à une hypothèse falsifiante, la théorie est dite réfutée ou falsifiée ; si ces mêmes énoncés sont infirmés la théorie est alors dite corroborée);

- La sous-classe des énoncés avec lesquels la théorie universelle s'accorde, appelés par Popper, les  énoncés permis  par la théorie (les nouvelles observations réalisées et qui s'accordent directement avec ce que dit déjà la théorie, ne sont jamais, pour Popper, des corroborations, mais seulement des confirmations de la théorie, sachant que pour Popper, il y a corroboration, s'il y a eu tentative de mise en échec de la théorie par le biais d'un test tentant de confirmer expérimentalement un falsificateur virtuel de la théorie. L'observation d'autres cygnes blancs, ne fera qu'apporter de nouvelles confirmations positives de la théorie universelle tous les cygnes sont blancs, mais sans en démontrer sa valeur descriptive, explicative et prédictive, et donc le  contenu empirique de la théorie, sachant que Popper définit le « contenu empirique » d'une théorie par la classe de ses falsificateurs virtuels [8]).

Donc, pour Popper, une théorie est dite « scientifique », si et seulement si elle admet une sous-classe non-vide de falsificateurs virtuels, parmi la classe de tous les énoncés de base possibles.

Différence entre falsifiabilité et falsification :

Pour Popper, il est indispensable de distinguer falsifiabilité et falsification. C’est sur la base d’une confusion entre les deux concepts que beaucoup de ses détracteurs (comme Imre Lakatos et Thomas Kuhn), échafauderont la critique selon laquelle son critère de démarcation serait inapplicable dans le travail réel des scientifiques, arguant du fait qu’il serait impossible de falsifier une théorie définitivement, donc de manière décisive.

Popper, dans son livre « Le réalisme et la science », s’indigne de cette tenace mécompréhension de sa thèse, et soutient qu’il avait pourtant bien précisé qu’aucune théorie scientifique n’est falsifiable de manière décisive [9], et que cela ne posait aucun problème pour la recherche scientifique, bien au contraire [10].

La  falsifiabilité  ne concerne, pour Popper, que la nécessité pour une théorie, si elle veut être empirique, d’être dans un certain rapport logique avec les énoncés de base possibles [11]

La  falsification, concerne les tests reproductibles qu’il a été possible d’effectuer. Pour Popper, « l’on doit considérer une théorie comme falsifiée, que si  nous découvrons un effet reproductible qui la réfute » (Popper). La falsification fait donc directement référence à une  hypothèse falsifiante qu’il a été possible de soumettre à des tests pour corroborer ou réfuter une théorie [12].

 

Références bibliographiques :

 

[1] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, Paris 1973. Chapitre 1 : « Examen de certains problèmes fondamentaux ».

[2] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 3 : « Les théories ». Section 15 : « Enoncés universels au sens strict et énoncés existentiels », pages 66 à 69.

[3] Karl Popper. Op. cit. Pages 66 à 69.

[4] Karl Popper. Op. cit. Pages 66 à 69.

[5] Karl Popper. Op. cit. Pages 66 à 69.

[6] Karl Popper. Op. cit. Page 84.

[7] Karl Popper. Op. cit. Pages 66 à 69.

[8] Karl Popper. Op. Cit. Pages 120 à 121.

[9] Karl Popper. « Le réalisme et la science ». Edition Hermann, Paris, 1990. Introduction, pages 3 à 6.

[10] Karl Popper. Op. Cit. Introduction, pages 3 à 6, puis pages 13 à 17.

[11] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, Paris, 1973. Chapitre 4 : « La falsifiabilité ». Section 22 : « Falsifiabilité et falsification ». Page 85.

[12] Karl Popper. Op. Cit. Page 85.

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Jeudi 23 août 4 23 /08 /Août 13:08

Le concept de  « corroboration »  fut introduit par  Karl Popper , en 1934, dans son livre intitulé « La logique de la découverte scientifique » (« Logik der forschung »).

 

Définition :

 

Ce mot fut introduit par Popper, afin de disposer d'un terme neutre permettant d'exprimer le degré auquel une hypothèse a résisté à des tests sévères et a ainsi fait ses preuves [1].

 

Dans  « La logique de la découverte scientifique », Karl Popper stipule qu’une théorie est corroborée aussi longtemps qu’elle passe les tests avec succès. « L’évaluation qui affirme la corroboration (l’évaluation corroborante) établit certaines relations fondamentales, à savoir celles de compatibilité et d’incompatibilité. Nous interprétons l’incompatibilité comme une falsification de la théorie » [2].

 

Degré de corroboration et degré de fasifiabilité (réfutabilité) :

 

Il en résulte que le degré de corroboration d’une théorie scientifique, qui ne peut être établi par un simple dénombrement des cas corroborant la théorie, concerne donc principalement  la sévérité des tests auxquels elle peut être, et a été, soumise. Ce degré de corroboration étant lui-même logiquement dépendant du degré de falsifiabilité de la théorie testée [3]. 

 

Popper, précise dans « La logique de la découverte scientifique » et dans « Conjectures et réfutations » (Cf. Chapitre 10 de ce livre), que le degré de corroboration d'une théorie s'apparente à son « contenu logique »  et son  « contenu empirique ». Plus ce degré est élevé, et plus la théorie a subi de tests avec succès. Par conséquent, avec l'accroissement du degré de corroboration, s'accroît également la sous-classe des énoncés interdits par la théorie, les  « falsificateurs virtuels »,  lesquels peuvent potentiellement la mettre en échec, puisque, en intégrant plus de contenu à la suite de corroborations successives, la théorie devient plus précise et dit toujours plus de choses sur le monde de l’expérience possible.

 

Donc, plus une théorie est corroborée, plus elle est, pour Popper, potentiellement  falsifiable (réfutable). Et cette précision accrue implique donc, une information accrue sur ce que la théorie interdit. Ce sont donc, pour Popper, les falsificateurs virtuels qui renseignent sur le contenu empirique de la théorie (le monde de l’expérience possible), les énoncés permis, eux, parce qu'ils sont déjà lus à la lumière de ce que peut potentiellement dire la théorie, ne donnent aucune information nouvelle et ne peuvent donc la mettre en échec [4].

 

Avec l'accroissement du degré de corroboration d'une théorie, s'accroît donc aussi son degré de falsifiabilité et aussi son « improbabilité logique ». Plus une théorie est corroborée, plus est elle précise, donc réfutable, et donc aussi logiquement improbable, car sa richesse de contenu et sa précision accrue, lui font prendre potentiellement plus de risques à prédire les faits. Popper  écrit :

« (...) Or, comme une faible probabilité équivaut à une probabilité de réfutation élevée, il en découle que l'obtention d'une degré élevé de réfutation, d'invalidation potentielles ou d'assujettissement potentiel aux tests constitue l'un des objectifs de la science ; cet objectif n'est d'ailleurs rien d'autre, en réalité, que la recherche d'un contenu informatif élevé » [5].

 

Donc, selon Popper, lorsqu'une théorie est scientifiquement corroborée par le biais de sa mise à l'épreuve réussie face à un élément inédit qui aurait pu la mettre en échec, elle englobe, logiquement, tout le savoir acquis grâce à la formulation précédente de la théorie, c'est-à-dire sa formulation avant des tests inédits. La théorie qui vient d'être corroborée, dit logiquement plus de choses sur le monde de l’expérience que l'ancienne théorie, grâce au cumul d'informations qu'elle contient par rapport à la précédente. Mais, en conséquence, selon Popper, elle devient inversement plus falsifiable, (son degré de falsifiabilité [6] s'accroît). Popper écrit :

« (...) L'on pourrait dire, (...) que si la classe des falsificateurs virtuels d'une théorie est  plus grande  que celle d'une autre, la première théorie aura plus d'occasions d'être réfutée par l'expérience ; si on la compare de cette manière à la seconde théorie, l'on pourra dire que la première est falsifiable à un degré plus élevé. Cela signifie également qu'elle nous dit plus à propos du monde de l'expérience car elle exclut une plus grande classe d'énoncés de base. (...). On peut donc dire que la quantité d'informations empirique communiquée par une théorie, c'est-à-dire son contenu empirique, s'accroît avec son degré de falsifiabilité ». [7]

Intérêt du concept :

Corroboration, vérification, confirmation et validation.

 L'intérêt de ce terme est de permettre, en outre, la distinction, cruciale pour Popper, avec la vérification (au sens de la vérité certaine), la confirmation, et la validation des théories.

 

En ce qui concerne la confirmation des théories générales de la science, par rapport à leur corroboration, Popper écrit que ces  théories peuvent être plus ou moins bien confirmées, ce qui veut dire qu’elles peuvent concorder plus ou moins bien avec des énoncés de base acceptés [8]. Cela implique que la corroboration porte, non sur les énoncés de base acceptés avec lesquels la théorie concorde, ou ne peut être logiquement contredite, mais sur les  falsificateurs virtuels, c’est-à-dire, lorsqu’ils sont acceptés par la communauté scientifique, les énoncés singuliers de base risquant de mettre en échec la théorie s’ils sont confirmés par le biais d’une hypothèse falsifiante [9].

 

Le terme de validation d’un énoncé, s’emploie traditionnellement dans le domaine de la logique formelle. Par conséquent, ce concept ne concerne pas directement l’évaluation d’un énoncé par rapport aux faits, contrairement à la corroboration, mais seulement l’étude de sa structure logique.

 

Popper insiste surtout sur la différence nette entre corroboration et vérification [10]. En effet, les théories scientifiques, ayant selon lui, toutes, la forme logique d'énoncés universels au sens strict, elles demeurent donc logiquement impossibles à vérifier avec certitude, et inversement falsifiables, et, dans la plupart des cas, empiriquement falsifiables (Popper fait une différence très importante entre falsifiabilité logique et empirique, arguant du fait que son critère de démarcation entre la science et la métaphysique doit d'abord se comprendre comme un critère logique de démarcation).

 

Pour Popper, si l'on ne peut donc vérifier de manière certaine les théories générales de la science en en dénombrant les d'énoncés singuliers y apportant une confirmation inductive, ou même si l'on ne peut leur accorder foi sur la base d'un certain degré de probabilité (Popper souligne que face à l'infinité des cas non encore observés, même un fort degré de probabilité est mathématiquement égal à zéro), on peut par contre les corroborer en leur faisant subir une série de tests successifs et dépendants les uns des autres, lesquels ont pour but de réfuter les théories en les soumettant chaque fois à l’épreuve d’éléments inédits.

 

Dans le processus d’une corroboration, il est important de percevoir, (pour Karl Popper) que  jamais encore on n’a dû considérer qu’une théorie était falsifiée à cause de la défaillance soudaine d’une loi bien confirmée. Jamais il n’arrive que de vieilles expériences donnent de nouveaux résultats. Il arrive seulement que de nouvelles expériences décident à l’encontre d’une ancienne théorie. L’ancienne théorie, même évincée, conserve souvent sa validité comme une sorte de cas limite de la nouvelle théorie ; elle est encore applicable, du moins à un haut degré d’approximation, aux cas où elle l’était avec succès auparavant [11].

 

Corroboration et probabilité.

 

Popper interroge également les rapports possibles entre probabilité empirique d’une hypothèse et sa corroboration. Il précise que si l’on acceptait la suggestion selon laquelle une hypothèse elle-même est une  séquence d’énoncés, aucun moyen d’évaluation ne pourrait éviter d’en arriver à un résultat correspondant toujours à zéro de probabilité [12].

 

Popper conteste donc formellement le fait que les hypothèses puissent être des séquences d’énoncés [13]. Il souligne encore que les hypothèses relatives à des probabilités ne sont ni vérifiables, ni réfutables.  Elles ne sont pas vérifiables parce qu’elles sont des énoncés universels et elles ne sont pas falsifiables au sens strict parce qu’aucun énoncé de base ne peut jamais être en contradiction logique avec elles [14]. Par conséquent ce type d’hypothèses ne peut faire l’objet d’aucune corroboration scientifique. Toutefois, comme pour Popper, la corroboration ne peut s’expliquer qu’en termes d’évaluation, il n’y aurait, à cet égard seulement, pas de différence entre corroboration et probabilité [15].

 

Références bibliographiques :

 

[1] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Éditions Payot, 1973, Chapitre : « La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests ». Pages 256 et suivantes. 

[2] op. cit. Page 271.

[3] op. cit. Page 272. 

[4] op. cit. Pages 112 à 135.

[5] Karl Popper. « Conjectures et  réfutations ». Éditions Payot. Paris, 1985. Chapitre 10 : « Vérité, rationalité et progrès de la connaissance scientifique ». Page 325. 

[6] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, 1973, Chapitre : « Les degrés de falsifiabilité ». Pages 113 et suivantes.

[7] op.cit. Pages 112 - 113. 

[8] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Éditions Payot. Paris, 1973. Chapitre 10 : « La corroboration ou : comment une théorie résiste à l’épreuve des tests ». Section 80 : « La probabilité d’une hypothèse et la probabilité d’événements : critique de logique de la probabilité ». Page 267.

[9] op. cit. Pages 256 à 282. 

[10] op. cit. Page 258.

[11] op. cit. Page 257. 

[12] op. cit. Page 262.

[13] op. cit. Page 263. 

[14] op. cit. Page 266.

[15] op. cit. Page 271.

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Jeudi 23 août 4 23 /08 /Août 11:40

Contre la pluralité de la méthode, Karl Popper soutient, que toutes les sciences sont obligées, d'un point de vue logique, de progresser par « conjectures et réfutations », en soumettant sans cesse leurs meilleures théories corroborées à de nouveaux tests inédits.

 

« Toutes les sciences théoriques ou généralisantes (...) font usage de la même méthode » [1].

 

Cependant, Popper « ne prétends pas qu'il n'y ait aucune différence d'aucune sorte entre les méthodes des sciences théoriques de la nature et celles de la société (...) mais que les méthodes dans les deux domaines sont fondamentalement les mêmes. » [2]

 

L'argument essentiel de Popper, à l'appui de sa thèse, tient à ce qu'aucune observation d'aucun phénomène et/ou d'aucun problème quel qu'il soit, et dans quelque domaine que ce soit, n'est possible, sans la possession, apriori, de termes et d'énoncés universels au sens strict [3].

 

Tous les organismes vivants, seraient, (« de l'amibe à Einstein », écrit-il dans La Connaissance objective), d'après Popper, obligés de faire des conjectures, même inconsciemment, et de les soumettre à des tests plus ou moins complexes. De ce fait, pour Popper, toute connaissance est le fruit de la même et unique méthode par « conjectures et réfutations », ou, plus simplement, par  essai et correction progressive de l'erreur. Toutefois, reconnaît Popper, il y a une différence fondamentale entre l'amibe et Einstein, c'est que l'« amibe fuit devant la falsification (réfutation) : son attente constitue une partie d'elle-même » [4], elle court dont le risque d'être anéantie par la réfutation de l'hypothèse. Alors qu'Einstein, explique Popper, « objective son hypothèse. (...). Elle représente quelque chose d'extérieur à lui : le scientifique peut anéantir son hypothèse par sa critique sans disparaître avec elle » [5].

 

Karl Popper, qui considérait que l'étude de la méthode scientifique, n'était qu'un cas particulier de la philosophie de la connaissance, pensait donc que « toute vie est résolution de problème » [6]. Et que l'apprentissage, donc aussi l'acquisition de la connaissance objective, s'agissant de la formation de la Science, nécessitait la formulation d'hypothèses sur la solution des problèmes, hypothèses qui ne pouvaient éviter d'être soumises à des tests pour en être renseigné sur leur valeur informative. Selon ce philosophe, qui croyait en l'intelligence animale, compte tenu de l'observation des comportements de certaines espèces (comme l'enseignement-apprentissage de l'échouage volontaire chez les orques pour chasser le phoque, ou les techniques complexes de chasse du Martin-pêcheur adaptées en fonction des difficultés), quiconque veut apprendre et établir un loi générale, doit donc en passer par une mise à l'épreuve de ses « attentes théoriques ».

 

Par ailleurs, dans son livre, « Conjectures et réfutations », Popper souligne que la science est aussi tradition, en ce que les hommes ne peuvent véritablement s'engager sur la voie d'un véritable travail scientifique qu'en reprenant, de manière critique et intersubjectivement contrôlée, les tests de leurs prédécesseurs ; en essayant d'imaginer de nouveaux tests sur la base d'éléments inédits. Pour Popper, il est donc impensable que les scientifiques puissent travailler de façon totalement isolée et subjective, ils doivent, selon lui, et dans tous les cas possibles, constamment soumettre les théories qui leur sont les plus chères au risque d'une falsification (ou réfutation) empirique réalisée par d’autres.

 

Par conséquent, pour Karl Popper, le rationalisme critique, est la cheville ouvrière de toutes les sciences. Il s'actualise concrètement dans l'existence de laboratoires, des tests intersubjectifs qui y sont réalisés, dans la remise en question constante de ces tests grâce à la discussion critique entre les scientifiques, et par des institutions qui, favorisées par les systèmes démocratiques, permettent leur échange et leur divulgation dans le monde, créant ainsi ce que l’on nomme couramment la « communauté scientifique ».

 

Popper ne peut imaginer que les scientifiques puissent faire évoluer leurs théories sans avoir recours à des tests. Parce que les théories de la science, si elles sont générales, sont, pour lui, des énoncés universels stricts, lesquels sont tous logiquement réfutables donc incertains [7]. C'est-à-dire des énoncés dont il est nécessaire d'en réévaluer sans cesse le contenu par des tests, suite aux problèmes nouveaux qui surgissent inévitablement des plus récentes réfutations, et aussi des nouvelles corroborations, qui, elles mêmes, concourent directement à l'accumulation du savoir scientifique, laquelle est, pour Popper, le résultat, et non la méthode de la science.

 

Références bibliographiques :

 

[1] Karl Popper. « Misère de l'historicisme ». Edition Agora Presse Pocket, Paris, 1988, section 29 : « L'unité de la méthode », pages 164 (et suivantes). 

[2] Karl Popper. « Misère de l'historicisme ». Edition Agora Presse Pocket, Paris, 1988, section 29 : « L'unité de la méthode », pages 164 - 165.

[3] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, 1979. Chapitre 3 : « Les théories », Pages 57 à 74. 

[4] Karl Popper. « Toute vie est résolution de problèmes. Questions autour de la connaissance de la nature ». Edition Actes Sud. Paris 1997. Tome 1. Page 25.

[5] Karl Popper. « Toute vie est résolution de problèmes. Questions autour de la connaissance de la nature ». Edition Actes Sud. Paris 1997. Tome 1. Page 25. 

[6] Karl Popper. « Toute vie est résolution de problèmes. Questions autour de la connaissance de la nature ». Edition Actes Sud. Paris 1997. Tome 1.

[7] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique. Edition Payot, 1979. Chapitre 3 : les théories ». Pages 57 à 74.

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Jeudi 23 août 4 23 /08 /Août 11:01

(Ce texte n’est qu’une ébauche provisoire, et est susceptible d’être complété par la suite).

 

Ici réside l'un des arguments essentiels de Popper contre l'induction (outre celui de considérer que toute justification de l'induction par un principe d'induction, entraîne inévitablement une régression à l'infini [1]). Cette thèse, selon laquelle toute observation ou description est toujours précédée par une « attente théorique », traverse toute l'œuvre de Karl Popper en philosophie de la connaissance ainsi qu'en épistémologie, et en reste, avec la défense de l'indéterminisme, un des thèmes récurrents.

 

Comme il l'argumente inlassablement dans beaucoup de ses ouvrages, il ne peut jamais y avoir d'observation « pure des faits », car pour saisir le monde, pour observer, et pour le décrire [2], nous avons toujours besoin d'utiliser, selon lui, même inconsciemment, des termes et des énoncés universels au sens strict. Sinon, nous resterions aveugles ou indécis devant les faits. Popper pensait donc que des « attentes théoriques », y compris inconscientes [3], sont indispensables et qu'aucune connaissance ne peut débuter sans elles.

 

Il soutient que toute observation est nécessairement sélective, donc filtrée par un terme ou une théorie universelle mis à l'essai, parce que, propose-t-il, notre esprit ne fonctionne jamais de manière passive, et ne se remplit pas comme un seau vide. Il a besoin de faire des conjectures qu'il met sans arrêt à l'épreuve [4].

 

Popper explique que sur l'ordre simple : « observez ! », donné à un groupe de personnes, chacun relève les faits qui correspondent à ses attentes perceptives, à son vécu, et d'autres paramètres personnels mais sans jamais savoir, exactement quoi observer de précis. Sur la base de cet argument de Popper, il s'en suit que dans un laboratoire de recherche sur le cancer (par exemple), un savant saurait ce qu'il faut observer dans un microscope pour reconnaître une cellule cancéreuse, et, a fortiori, comment choisir les faits d'observation les plus pertinents par rapport à ceux connus compte tenu de résultats de recherche antérieurs, (lesquels pourraient permettre la corroboration d'une théorie afin de faire progresser la connaissance scientifique sur le cancer). Alors que le néophyte que l'on n’aurait pas, au préalable informé, selon Popper, lui, ne verrait rien. Car sans la connaissance apriori des concepts et des théories scientifiques corroborées et connues de la communauté scientifique, sur les cellules cancéreuses, il ne saurait même pas comment commencer à diriger son regard pour réaliser une observation, puis une discrimination scientifiquement correcte des faits qu’il a sous les yeux.

 

Popper aime donc à citer Novalis [5] : « les théories sont des filets, celui qui lance pêchera ».



Références bibliographiques :

 

 

[1] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot. Paris, 1973. Chapitre 1 : « Examen de certains problèmes fondamentaux ». Section 1 : « Le problème de l'induction ». Page 23.

[2] Karl Popper. « La Logique de la découverte scientifique ». Edition Payot. Paris, 1973. Chapitre 5 : « Le problème de la base empirique ». Section 25 : « L'expérience perceptive comme base empirique : le psychologisme ». Page 94. Popper écrit notamment : « (...) Chaque fois que nous décrivons, nous utilisons des noms (ou symboles ou notions) universels ; tout énoncé à le caractère d'une théorie, d'une hypothèse ».

[3] Karl Popper. La connaissance objective. Edition Aubier. Paris, 1991. Pages 71, 398, 503, 504.

[4] Karl Popper. « La connaissance objective ». Edition Aubier. Paris, 1991. Chapitre 2 : « Les deux visages du sens commun : une argumentation en faveur du réalisme du sens commun et contre la théorie de la connaissance du sens commun ». Section 12 : « La théorie erronée de la connaissance selon le sens commun ». Pages 119 à 126.

[5] Karl Popper. La logique de la découverte scientifique. Edition Payot. Paris, 1973. Page 9.

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