Jeudi 23 août 2007

Le concept de  « corroboration »  fut introduit par  Karl Popper , en 1934, dans son livre intitulé « La logique de la découverte scientifique » (« Logik der forschung »).

 

Définition :

 

Ce mot fut introduit par Popper, afin de disposer d'un terme neutre permettant d'exprimer le degré auquel une hypothèse a résisté à des tests sévères et a ainsi fait ses preuves [1].

 

Dans  « La logique de la découverte scientifique », Karl Popper stipule qu’une théorie est corroborée aussi longtemps qu’elle passe les tests avec succès. « L’évaluation qui affirme la corroboration (l’évaluation corroborante) établit certaines relations fondamentales, à savoir celles de compatibilité et d’incompatibilité. Nous interprétons l’incompatibilité comme une falsification de la théorie » [2].

 

Degré de corroboration et degré de fasifiabilité (réfutabilité) :

 

Il en résulte que le degré de corroboration d’une théorie scientifique, qui ne peut être établi par un simple dénombrement des cas corroborant la théorie, concerne donc principalement  la sévérité des tests auxquels elle peut être, et a été, soumise. Ce degré de corroboration étant lui-même logiquement dépendant du degré de falsifiabilité de la théorie testée [3]. 

 

Popper, précise dans « La logique de la découverte scientifique » et dans « Conjectures et réfutations » (Cf. Chapitre 10 de ce livre), que le degré de corroboration d'une théorie s'apparente à son « contenu logique »  et son  « contenu empirique ». Plus ce degré est élevé, et plus la théorie a subi de tests avec succès. Par conséquent, avec l'accroissement du degré de corroboration, s'accroît également la sous-classe des énoncés interdits par la théorie, les  « falsificateurs virtuels »,  lesquels peuvent potentiellement la mettre en échec, puisque, en intégrant plus de contenu à la suite de corroborations successives, la théorie devient plus précise et dit toujours plus de choses sur le monde de l’expérience possible.

 

Donc, plus une théorie est corroborée, plus elle est, pour Popper, potentiellement  falsifiable (réfutable). Et cette précision accrue implique donc, une information accrue sur ce que la théorie interdit. Ce sont donc, pour Popper, les falsificateurs virtuels qui renseignent sur le contenu empirique de la théorie (le monde de l’expérience possible), les énoncés permis, eux, parce qu'ils sont déjà lus à la lumière de ce que peut potentiellement dire la théorie, ne donnent aucune information nouvelle et ne peuvent donc la mettre en échec [4].

 

Avec l'accroissement du degré de corroboration d'une théorie, s'accroît donc aussi son degré de falsifiabilité et aussi son « improbabilité logique ». Plus une théorie est corroborée, plus est elle précise, donc réfutable, et donc aussi logiquement improbable, car sa richesse de contenu et sa précision accrue, lui font prendre potentiellement plus de risques à prédire les faits. Popper  écrit :

« (...) Or, comme une faible probabilité équivaut à une probabilité de réfutation élevée, il en découle que l'obtention d'une degré élevé de réfutation, d'invalidation potentielles ou d'assujettissement potentiel aux tests constitue l'un des objectifs de la science ; cet objectif n'est d'ailleurs rien d'autre, en réalité, que la recherche d'un contenu informatif élevé » [5].

 

Donc, selon Popper, lorsqu'une théorie est scientifiquement corroborée par le biais de sa mise à l'épreuve réussie face à un élément inédit qui aurait pu la mettre en échec, elle englobe, logiquement, tout le savoir acquis grâce à la formulation précédente de la théorie, c'est-à-dire sa formulation avant des tests inédits. La théorie qui vient d'être corroborée, dit logiquement plus de choses sur le monde de l’expérience que l'ancienne théorie, grâce au cumul d'informations qu'elle contient par rapport à la précédente. Mais, en conséquence, selon Popper, elle devient inversement plus falsifiable, (son degré de falsifiabilité [6] s'accroît). Popper écrit :

« (...) L'on pourrait dire, (...) que si la classe des falsificateurs virtuels d'une théorie est  plus grande  que celle d'une autre, la première théorie aura plus d'occasions d'être réfutée par l'expérience ; si on la compare de cette manière à la seconde théorie, l'on pourra dire que la première est falsifiable à un degré plus élevé. Cela signifie également qu'elle nous dit plus à propos du monde de l'expérience car elle exclut une plus grande classe d'énoncés de base. (...). On peut donc dire que la quantité d'informations empirique communiquée par une théorie, c'est-à-dire son contenu empirique, s'accroît avec son degré de falsifiabilité ». [7]

Intérêt du concept :

Corroboration, vérification, confirmation et validation.

 L'intérêt de ce terme est de permettre, en outre, la distinction, cruciale pour Popper, avec la vérification (au sens de la vérité certaine), la confirmation, et la validation des théories.

 

En ce qui concerne la confirmation des théories générales de la science, par rapport à leur corroboration, Popper écrit que ces  théories peuvent être plus ou moins bien confirmées, ce qui veut dire qu’elles peuvent concorder plus ou moins bien avec des énoncés de base acceptés [8]. Cela implique que la corroboration porte, non sur les énoncés de base acceptés avec lesquels la théorie concorde, ou ne peut être logiquement contredite, mais sur les  falsificateurs virtuels, c’est-à-dire, lorsqu’ils sont acceptés par la communauté scientifique, les énoncés singuliers de base risquant de mettre en échec la théorie s’ils sont confirmés par le biais d’une hypothèse falsifiante [9].

 

Le terme de validation d’un énoncé, s’emploie traditionnellement dans le domaine de la logique formelle. Par conséquent, ce concept ne concerne pas directement l’évaluation d’un énoncé par rapport aux faits, contrairement à la corroboration, mais seulement l’étude de sa structure logique.

 

Popper insiste surtout sur la différence nette entre corroboration et vérification [10]. En effet, les théories scientifiques, ayant selon lui, toutes, la forme logique d'énoncés universels au sens strict, elles demeurent donc logiquement impossibles à vérifier avec certitude, et inversement falsifiables, et, dans la plupart des cas, empiriquement falsifiables (Popper fait une différence très importante entre falsifiabilité logique et empirique, arguant du fait que son critère de démarcation entre la science et la métaphysique doit d'abord se comprendre comme un critère logique de démarcation).

 

Pour Popper, si l'on ne peut donc vérifier de manière certaine les théories générales de la science en en dénombrant les d'énoncés singuliers y apportant une confirmation inductive, ou même si l'on ne peut leur accorder foi sur la base d'un certain degré de probabilité (Popper souligne que face à l'infinité des cas non encore observés, même un fort degré de probabilité est mathématiquement égal à zéro), on peut par contre les corroborer en leur faisant subir une série de tests successifs et dépendants les uns des autres, lesquels ont pour but de réfuter les théories en les soumettant chaque fois à l’épreuve d’éléments inédits.

 

Dans le processus d’une corroboration, il est important de percevoir, (pour Karl Popper) que  jamais encore on n’a dû considérer qu’une théorie était falsifiée à cause de la défaillance soudaine d’une loi bien confirmée. Jamais il n’arrive que de vieilles expériences donnent de nouveaux résultats. Il arrive seulement que de nouvelles expériences décident à l’encontre d’une ancienne théorie. L’ancienne théorie, même évincée, conserve souvent sa validité comme une sorte de cas limite de la nouvelle théorie ; elle est encore applicable, du moins à un haut degré d’approximation, aux cas où elle l’était avec succès auparavant [11].

 

Corroboration et probabilité.

 

Popper interroge également les rapports possibles entre probabilité empirique d’une hypothèse et sa corroboration. Il précise que si l’on acceptait la suggestion selon laquelle une hypothèse elle-même est une  séquence d’énoncés, aucun moyen d’évaluation ne pourrait éviter d’en arriver à un résultat correspondant toujours à zéro de probabilité [12].

 

Popper conteste donc formellement le fait que les hypothèses puissent être des séquences d’énoncés [13]. Il souligne encore que les hypothèses relatives à des probabilités ne sont ni vérifiables, ni réfutables.  Elles ne sont pas vérifiables parce qu’elles sont des énoncés universels et elles ne sont pas falsifiables au sens strict parce qu’aucun énoncé de base ne peut jamais être en contradiction logique avec elles [14]. Par conséquent ce type d’hypothèses ne peut faire l’objet d’aucune corroboration scientifique. Toutefois, comme pour Popper, la corroboration ne peut s’expliquer qu’en termes d’évaluation, il n’y aurait, à cet égard seulement, pas de différence entre corroboration et probabilité [15].

 

Références bibliographiques :

 

[1] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Éditions Payot, 1973, Chapitre : « La corroboration ou : comment une théorie résiste à l'épreuve des tests ». Pages 256 et suivantes. 

[2] op. cit. Page 271.

[3] op. cit. Page 272. 

[4] op. cit. Pages 112 à 135.

[5] Karl Popper. « Conjectures et  réfutations ». Éditions Payot. Paris, 1985. Chapitre 10 : « Vérité, rationalité et progrès de la connaissance scientifique ». Page 325. 

[6] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Edition Payot, 1973, Chapitre : « Les degrés de falsifiabilité ». Pages 113 et suivantes.

[7] op.cit. Pages 112 - 113. 

[8] Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique ». Éditions Payot. Paris, 1973. Chapitre 10 : « La corroboration ou : comment une théorie résiste à l’épreuve des tests ». Section 80 : « La probabilité d’une hypothèse et la probabilité d’événements : critique de logique de la probabilité ». Page 267.

[9] op. cit. Pages 256 à 282. 

[10] op. cit. Page 258.

[11] op. cit. Page 257. 

[12] op. cit. Page 262.

[13] op. cit. Page 263. 

[14] op. cit. Page 266.

[15] op. cit. Page 271.

Par FreeBird
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